PIQUÉE au MILLEU d’la CÔ, création de Michel LAPALUS

Piquée au milleu d’la cô
Immobile au milieu de la cour
Dépūs l’milleu d’la cô, alle les a vus, les deux dzendârmes que montaint le tsmin. Quand i’ant poussé la barrīre pe vni dans la cô, alle a pas bodzi, la Maria. Depuis le milieu de la cour, elle les a vus, les deux gendarmes qui montaient le chemin. Quand ils ont poussé la barrière pour entrer dans la cour, elle n’a pas bougé, la Maria.
«  Au nom du chef de corps du … ». Mâs, la Maria, alle a ren acouté. Alle a pas pris l’papî des dzendârmes. Alle a tsomé piquée là, en pllein milleu d’la cô. « Au nom du chef de corps du … ». Mais la Maria n’a pas écouté. Elle n’a pas pris le papier des gendarmes. Elle est restée debout, au beau milieu de la cour.
Les dzendârmes sant rpartis sans ren dīre. Faut pas la dérindzi la Maria, alle cause à so gârs, l’Piârrot qu’va pas revni d’la guérre. Les gendarmes sont repartis sans rien dire. Il ne faut pas déranger la Maria ; elle parle à son fils, son Pierrot qui ne reviendra pas de la guerre.
Tot çan, y’étot l’matin ; ah bin l’sa, la Maria étot toudze piquée au milleu d’la cô. Is s’sant mis à doux trâs p’la fâre rentrer vés li. Pourre Maria, y a fallu la fâre enfeurmer vés les beurdins, à l’asile. Tout ça s’est passé le matin et le soir la Maria n’avait pas changé de place, elle était toujours debout au milieu de la cour. Ils s’y sont mis à deux ou trois pour la faire rentrer chez elle. Pauvre Maria, on a dû la conduire à l’hôpital psychiatrique.
Alle va bié açhtheûre ; alle dérindze pus guére so monde. Tote la dzornée, piquée au milleu d’la cô, à l’asile, alle cause à so chtit Piârrot : Elle va bien maintenant ; elle ne dérange plus personne. Toute la journée, immobile au milieu de la cour de l’hôpital, elle parle à son Pierrot :
« Piârrot, va don m’qri du ptçhet bôs p’emprende le fû… … Piârrot, va don sarrer la tseuvre … Piârrot, y faut m’fautsi du triolet p’les lapins… Piârrot… Piârrot… ». « Pierrot, va me chercher du petit bois pour allumer du feu… Pierrot, va rentrer la chèvre… Pierrot, va faucher du trèfle pour les lapins… Pierrot… Pierrot… »
Ah bin so Piârrot, y’est-ti eun brave chtit gârs !! Pas bié causant, y’est seûr. Ô dit pas grand tsouze açhtheûre. Mâs, sa mére l’entend toudze… Apeu ô fait tot ç’qu’alle li dmande …! Son Pierrot est un gentil garçon !! Il ne parle pas beaucoup maintenant… !! Mais sa mère l’entend, c’est l’essentiel….Et il fait tout ce qu’elle lui demande… !! 
Pourre Piârrot ! La guérre, alle en finit pas d’li tuer sa mére….. Pauvre Pierrot ! La guerre continue à lui tuer sa mère….