La BĒTE NĒRE, création d’Olivier Chambosse

La bete nere
La bête noire
Un brave gârs, bié cognu p’ete l’pire mécréant du vlâdze,  que creumot ni djeu ni djâbe,  se renvnot vés lu… ôl awot pris la tsarîre que cope p’ le bôs  vu qu’ôl aiñmot bié çht’ endrot.  Un brave garçon, bien connu pour être le pire mécréant du village, qui ne craignait ni dieu ni diable, rentrait chez lui… Il avait pris le chemin qui coupe au travers du bois, vu qu’il aimait bien cet endroit.
Mâs y’est don trop biau, çhtés grands âbres que breusseuillant, le  reu que gargòille , les ptchets ûjeaux qu’pépiant, totes çhtés betes que vivant itié et qu’y suffit d’se coûgi apeu d’pas boudzi p’les agader tot son saoul ! Mais c’est donc trop beau, ces grands arbres qui bruissent, le ruisseau qui gargouille, les petits oiseaux  qui pépient, toutes ces petites bêtes qui vivent là et qu’il suffit de se taire et de ne pas bouger pour les regarder tout son saoul !
Tot p’un cop, ôl entend  rveuilli dans/un gros beuchon d’argolat. Qui qu’ô woît, que sortot du beuchon ? Eune bete nère, apeu eune belle ! Que s’campe sur ses pattes de derri en tabolant davo ses pattes de dvant su sa beuille en heurlant. Soudain il entend gratter dans un gros buisson de houx. Que voit-il qui sortait du buisson ? Une bête noire, et une belle ! Qui se dresse sur ses pattes arrière en frappant son ventre avec ses pattes avant et en hurlant.
Noute homme dmande pas so reste, ô s’carapatte davo les tsveux dreçhis su la tete ; mâs y’est qu’la bete, alle ‘tot pt’ete grosse mâs alle corrot cment un lliève derri lu.   Vlà-ti pas qu’noute gârs s’enfeurdze dans eune ronze, débaroule  apeu  s’élarde su le tsmin. Notre homme ne demande pas son reste, il se sauve, les cheveux dressés sur la tête ; mais c’est que  la bête, elle était peut-être grosse, mais elle courait comme un lièvre derrière lui. Et voilà que notre gars se prend les pieds dans une ronce, tombe et se vautre sur le chemin.
Ôl est tot/ébeurdiné  d’awoi tseu cul peur dssus tete, ô va peu se rmette su ses pîds mâs la bete est là, eune patte prete à  l’écrabòilli cment eune moûtse. Tout étourdi d’être tombé cul par dessus tête, il va pour se remettre sur ses jambes mais la bête est là, une patte prête à l’écrabouiller comme une mouche.
L’poûre gârs s’est vu peurdu, ô s’est mis à heurler :
« Oh, mon djeu ! »
Le pauvre garçon s’est vu perdu et s’est mis à hurler :
« Oh mon dieu ! »
D’achtôt qu’ôl a éju dit çan, y’a éju cment eune élide ; la bete, l’bôs, tot s’est trouwé cment arrete. Alô l’gârs a acouté eune woix qu’ô sawot pas d’quoî qu’alle sortot que li a dit : Aussitôt qu’il eut dit cela, il y eut comme un éclair ; la bête, le bois, tout s’est trouvé comme immobile. Alors le gars a entendu une voix, dont il ne savait pas d’où elle venait, qui lui a dit :
« C’est bien la première fois de ta vie que tu as fait allusion à mon existence avec respect, d’habitude tu profères surtout des « nom de diou », des « bon diou » ou même des « putain d’bordel de diou ». Est-ce à dire que tu serais prêt à implorer mon secours après avoir nié mon existence pendant toute ta vie ? Crois-tu vraiment que je puisse pardonner tes offenses et te sauver des griffes de cette bête ? » « C’est bien la première fois de ta vie que tu as fait allusion à mon existence avec respect, d’habitude tu profères surtout des « nom de diou », des « bon diou » ou même des « putain d’bordel de diou ». Est-ce à dire que tu serais prêt à implorer mon secours après avoir nié mon existence pendant toute ta vie ? Crois-tu vraiment que je puisse pardonner tes offenses et te sauver des griffes de cette bête ? »
L’gârs qu’étot un vrai teurlot mâs qu’awot ren à perde li dit : Le gars qui était un vrai têtu mais qui n’avait rien à perdre lui dit :
– « Dz’ai bin été baptiji cment tot l’monde itié, mâs dz’poux pas dire que dz’sus un bon crétchin, y srot pllus aiji peur vos d’fâre de la bete un bon catholique… » – « J’ai bien été baptisé comme tout le monde ici, mais je ne peux pas dire que je sois un bon chrétien ; ce serait plus aisé pour vous de faire de la bête un bon catholique… »
-« Tu as sans doute raison mon garçon, eh bien, qu’il en soit ainsi ! » – « Tu as sans doute raison mon garçon, eh bien, qu’il en soit ainsi! »
D’achtôt qu’ôl a éju dit çan, la lmîre qu’ébeurluquot tot s’est tuée, l’bôs s’est révlli, la bete ârri ; alle a baiçhi sa patte qu’étot prete à cogni, alle a pentsi sa grosse tete su l’coûté, dzeugni ses pattes de dvant  apeu alle a fait : Aussitôt qu’il eut dit cela, la lumière qui éblouissait tout s’est éteinte, le bois s’est réveillé, la bête aussi ; elle a baissé sa patte qui était prête à frapper, elle a penché sa grosse tête sur le côté, joint ses pattes avant et elle a dit :
« Seigneur, bénissez ce repas ! » « Seigneur, bénissez ce repas ! »