MO DZARDIN, création de Michel Nioulou

Mo dzardin, ôl est tot entoré d’pllessis, d’beuçhons nas, d’beuçhons bllancs, d’alognis, d’bos carrés, d’ujraublles, de tsâgnes, eun ptchon d’argolas apeu tot pllein d’arbeus qu’corrant d’dans. Dans eun coin, y pousse des yôs que chintant vrai mauwais quand nos les cope. Apeu çan, malhrōux, nos s’en pout pas débarréçhi! Mon jardin est tout entouré de buissons, de pruneliers, d’aubépines, de noisetiers, de fusains, d’érables, de chênes, un peu de houx et plein de clématite sauvage qui court dedans. Dans un coin, il pousse du sureau hièble qui sent franchement mauvais quand on le coupe. Et ça, malheureux, on ne peut pas s’en débarrasser !
Dans l’añnīe, en quéque doux tras cops, dz’le râpe au voudze p’le tni prope. Y’étōt peu pas qu’les ronzes appondint en târre, sinon, is rprenant. Apeu dz’vos dīs qu’i’appondant à crétsi, apeu pus vite qu’le rēste  ! Mās ma fa, çhtu beuçhon tint l’dzardin à l’euvri, et y est pas pus mau quand y corre la bise ou la travērse. Y-z-y a quéques grōs abres l’tor, eun pommi, eun nòye, oh y est pas qu’l’ombre est bié bonne, mâs y fait toûdzo quéques calas p’fāre l’huile. Y z’y a èto eun prrni, quéques pêtsis d’veugne apeu eun grōs poèri bon crétchin. Dans l’année, en deux ou trois fois, je l’élague au vouge pour le tenir propre. C’est pour que les ronces n’atteignent par le sol, sinon elles se marcottent. Et je vous dis qu’elles débitent à croître, et plus vite que le reste ! Mais ma foi, ce buisson tient le jardin à l’abri du vent, et ce n’est pas plus mal quand courent la bise ou le vent d’Ouest. Il y a quelques gros arbres le tour, un pommier, un noyer : oh ! ce n’est pas que son ombre soit bien bonne, mais ça donne toujours quelques noix pour faire de l’huile. Il y a aussi un prunier, quelques pêchers de vigne et un gros poirier « bon chrétien ».
La târre est arri facile, dz’la beurce à la beurce à pus, en début d’añnīe. Y suffit, pasque si t’beurces en fin d’añnie, tant qu’en Févri, la târre se tappe davou la dzlée apeu la pllou. Par conte y va bié à piōtsi : eun ptiet coup d’beuçhlon ou d’piōtse pllate, apeu la traiña s’arratse tote sūe. Quand i pllōu, t’poux aller tarrioñner en point d’temps, y’est daçhtot ressué. Le sol est aussi facile, le bêche avec une bêche à dents, en début d’année. Ça suffit car si tu bêches en fin d’année, jusqu’en février, la terre se tasse avec le gel et la pluie. En revanche ça va bien à piocher : un petit coup de piochon ou de pioche plate et le liseron s’arrache tout seul. Quand il a plu tu peux aller gratter la terre peu de temps après, c’est vite ressué.
Tōt y pousse bié. Les pastonnades crétsant loin en târre, totes drètes, londzes, is peiñant pas cment dans la târre grasse. La pole-grâsse, la salède, les eugnons, les treuffes, les rāves, les tsoux rāves, les pās golus en début d’añnīe, les poreaux, tōt y fait, y-z-y a point d’mau à fāre vni. Tout y pousse bien. Les carottes grandissent loin en terre, toutes doites, longues, elles ne misèrent pas comme dans l’argile. La poule-grasse, la salade, les oignons, les pommes de terre, les raves, les choux-raves, les pois mangetout en début d’année, les poreaux, tout y réussit, il n’y a pas de difficulté à le faire venir.
Par conte, si y fait trop tsaud, la târre est daçhtot seutse. Y faut pas crainde d’arroûji apeu d’pailli tot c’qu’nos pout, autroment les tsoux arrivant pas à cabutsi. En revanche, s’il fait trop chaud, la terre est vite sèche. Il ne faut pas craindre d’arroser et de pailler tout ce qu’on peut, sinon les choux ne parviennent pas à pommer.
Y faut dīre qu’dz’y cogne enco bié du fmi, mais du vieux, du bié peûrri. Y faut quand miñme pas qu’y-z-y cueille tot ! Dze dépotse quéques doux-quate cassons de fmî, qu’dz’écarpeuille à la trin. Par conte dz’en fout point lavoù qu’dze pllante les pās, autroment is frint ren. Il faut dire que j’y mets encore bien du fumier, mais du vieux, bien pourri. Il ne faut quand même pas tout brûler ! Je dépose quelques petits tas de fumiers que j’écarte à la fourche. Par contre je n’en mets pas là où je plante les pois, sinon ils ne donneraient rien.
Quand y est l’moment, dz’târre mes treuffes à la piōtse pllate. Quand dz’les arratse à la piōtse à côrnes, dz’laiçhe les tseûs à bas, apeu dz’les breûle, peu pas foute le bocon à çhtées-là d’l’añnīe  qu’vint. Aprés awā laiçhi stsi les treuffes à bas, y faut les ramâssi. Dz’trie les ptiètes ples polailles apeu les cotsons, apeu dz’rentre les bonnes à la cave quand is sant frrdes, pasqu’y est pas bon d’les rentrer tōtes saudes. Les copées sant mandzies tot d’suite, sinon y est daçhtôt tot peurri !! Mâs si nos est adret p’tiri les treuffes, des copées, y-z-y en a todzō pas des plleiñes brrtes !! Les treuffes, quand is sant meûres, quand les tseûs sant seus, y faut vitement les arratsi dvant qu’is rdzarnint, si des cops, la pllōu rvenot. Quand c’est le moment, je butte mes pommes de terre avec une pioche plate. Quand je les arrache avec une pioche à dents, je laisse les fanes au sol puis je les brûle pour ne pas donner la maladie à celles de l’an prochain. Après avoir laissé sècher les pommes de terre sur le sol, il faut les ramasser. Je trie les petites pour les volailles et les cochons, et je rentre les bonnes à la cave une fois qu’elles sont froides car ce n’est pas bon de les rentrer toutes chaudes. Celles qui sont coupées doivent être mangées de suite, sinon elles sont vite pourries !! Mais si on est adroit pour arracher les patates, des coupées il n’y en a toujours pas des pleines brouettes !!  Les pommes de terre, quand elles sont mûres, quand les fanes sont sèches, il faut vite les arracher avec qu’elles ne regerment au cas où la pluie reviendrait
Quand dz’râme les pās golus en début d’añnīe, dz’mets todzō des râmes en allognis bié foyouses. Quand dz’cope des grōs beuçhons, dz’en leuve todzō quéque doux-tras fagots. Quand dz’sus aprés esguer au gouīt, dze gârde les bots d’brintses d’alognis les pus drètes, les pus braves. Dze làye todzō mes fagots à l’amarine. Dz’en prends todzō des rodzes, is sant bié pus londzes et vant bié meu p’fāre les  rôtes. Quand je rame les pois mangetout en début d’année, je mets toujours des rames en noisetier bien branchues. Quand je coupe de gros buissons, j’en prélève toujours quelques deux ou trois fagots. Quand je suis en train d’élaguer à la serpe, je garde les bouts de branches de noisetier, les plus droites, les plus jolies. Je lie toujours mes fagots avec de l’osier. J’en prends toujours des rouges, elles sont bien plus longues et vont bien mieux pour faire les liens.
Beurci, piōtsi, arrouji, târrer, râmer, écllairci, y-z-y a todzō à târrioñner dans çhtu dzardin. A la fraîtse obin l’sa, nos y passe eun ptiet moment tōs les dzōs. Mâs nos s’en pllaint pas! Nos ant sans arri pas malhrōux !! Bêcher, piocher, arroser, butter, ramer, éclaircir, il y a toujours à gratter dans ce jardin. A la fraîche ou bien le soir, on y passe un petit moment tous les jours. Mais on ne s’en plaint pas ! Nous ne sommes pas non plus malheureux !!