ADAPTATION du LOUP et l’AGNEAU de Jean de La FONTAINE

La bēte nēre apeu le ch’ti  moton
La bête noire et le petit mouton
Çhtu qu’a raîjon, y est tōdze le pus costaud,
Dz’va vos y fāre wā d’açhtôt.
Celui qui a raison, c’est toujours le plus fort,
Je vais vous le montrer sitôt.
Eun chtit moton étot après bouère ieau
D’eune  r’vire vè l’ Crétieau.
Eune grosse bēte nēre que tsārtsot à marander
A çhintu l’moton tot frais.
Un petit mouton était en train de boire l’eau
D’une rivière près du Créteau.
Une grosse bête noire qui cherchait à déjeuner
A senti le mouton tout frais.
« Te crās-ti don qu’te poux pitodzi dans mòn ieau ?»
Qu’alle fait, la bēte affamée,
« Dz’m’en vas t’ iâtrer,
 Te vas pus r’començhi à sâli mon crôt ! »
« Crois-tu donc que tu peux patauger dans mon eau ? »
Dit la bête affamée,
« Je vais te corriger,
 Tu ne recommenceras plus à souiller mon creux d’eau ! »
« Mās, qu’ô pioune le moton, vous bvez tot à fait llamònhaut !
Là quoî çhsu, dz’poux pas mett’ de tarre dans  vot’ ieau ! »
« T’la sâlis! qu’alle fait la bēte ! Miñme qu’l’an passé
T’as raconté su ma pllein de çhtittés…»
« Mais, pleure le mouton, vous buvez tout à fait en haut,
Là où je suis, je ne peux pas mettre de terre dans votre eau ! »
« Tu la sâlis ! dit la bête. Même que l’an passé
Tu as dit sur moi plein de méchancetés… »
«Mās  dz’étos enco pas  fait, dze teute enco ma mère ! »
« Couje te ! Si y’est pas ta, y’est sūr to frère ! »
« Mās, y’s’pout pas, qu’ô fait l’môton, dz’en ai poīnt ! »
« Mettans ! de tote façon, y’est eun des tiñnes,
Ta, votés tséçheux, leutés tsins
Is fayant  ren que de me corre après !
Çhtu cop, y s’ra pas dit que dz’ārai ren fait ! »
« Mais je n’étais pas encore né, je tète encore ma mère! »
« Tais-toi ! Si ce n’est pas toi, c’est sûrement ton frère ! »
« Mais ça ne se peut pas, dit le mouton, je n’en ai pas ! »
« Soit ! De toute façon, c’est un des tiens !
Toi, vos chasseurs, leurs chiens
Ils ne font rien que de me courir après !
Cette fois on ne pourra pas dire que je n’aurai rien fait ! »
Là-dssus, la bēte s’est routsi su l’ poûre chtit
Apeu l’a nemmené au fin fond  du bōs p’le mandzi.
Sur ce, la bête s’est jetée sur le pauvre petit
Et l’a emmené tout au fond du bois pour le manger.