Le château d’Artus

P. 9 et 10

            Presque à l’une des extrémités de Beaubery, s’élève un monticule isolé surmonté d’une ruine ancienne, c’est la CORNE D’ARTUS, débris féodal qui donna son nom au village s’étendant sur la pente la moins escarpée.

A quelle époque fut construite cette citadelle? Quel en fut le fondateur? Silence et ténèbres!

                Sans craindre d’erreur on peut dire que le château-fort d’Artus, fut construit dès les premiers temps de la féodalité vers la seconde moitié du IX° siècle. A cette époque, les Normands envahisseurs portaient partout la ruine et la mort. Nul capitaine depuis la mort de Charlemagne n’avait assez de génie militaire pour organiser la résistance et créer une force centrale. Alors tous les propriétaires furent forcés de veiller à leur propre défense, chaque Seigneur fortifia son château et mis sa famille et ses biens à l’abri du pillage et de la surprise.

Les villages furent armés, chaque montagne protégée par un château, défendu par un fort et la terre fut peuplée de cultivateurs soldats. En ce moment furent construites toutes ces petites forteresses dont notre Charollais était autrefois hérissé : Artus, Dondin, Charolles, Suin, Dun, Dunet et tant d’autres où les Romains et les Gaulois avaient déjà fondé des camps et des oppidums.

                Notre Bourgogne, à peu près vers le même temps, avait pour Duc un intrépide guerrier : Raoul, qui plus tard fut Roi de France (de 923 à sa mort en 936). Ce fut Raoul qui défit en 929 près de Changy  les Hongres et les Normands coalisés.

                Selon toute vraisemblance, le fondateur de la citadelle d’Artus lui donna son nom et établit sa demeure dans l’enceinte même de la forteresse. Peut-être encore pourrait-on dire que le mot Artus est dérivé du latin et serait en rapport avec la position des lieux : Arctus ou Altus, étroit ou élevé. Le rocher d’Artus est un plateau très étroit et très escarpé, une éminence à pic.

                Plus tard les ducs de Bourgogne, comtes du Charollais, voyant la position stratégique d’Artus très avantageuse au point de vue de la défense générale du comté, durent en faire l’acquisition et décider les seigneurs d’Artus à s’établir au pied de la forteresse, au château de Corcheval.

                 Peut-être encore les seigneurs d’Artus sollicitèrent les ducs de Bourgogne à prendre possession du château-fort, d’un entretien fort onéreux pour de petits seigneurs locaux et furent heureux de faire cette cession moyennant certains avantages. 

                Ce qu’il y a de certain, c’est que Artus en 1229 jusqu’à l’année 1710, fut le domaine réel, direct et personnel des Comtes du Charollais :   Hugues IV – Robert II – Béatrix 1er – 

Jean de Clermont – Béatrix II – Bernard d’Armagnac – Philippe le Hardi – Charles le Téméraire – Louis XI – Marguerite d’Autriche – Charles Quint – Philippe II d’Espagne – Henri Jules de Bourbon – Condé – Elisabeth Alexandrine de Sens –  furent tour à tour propriétaires  d’Artus. En 1710, Mademoiselle de Sens vendit Artus à Monsieur de Fautrières.  La ruine seule fut réservée avec un périmètre d’environ 27 ares, compris dans l’enceinte des fossés.

En 1808, Mr de Fautrières se rendit acquéreur de la ruine vendue par la couronne comme bien vacant.

                De quels évènements fut le théâtre le monticule d’Artus ? De sanglants engagements n’eurent-ils pas lieu sur les flancs de la montagne et autour de la forteresse ? L’histoire se tait. Mais tout fait présumer que durant l’époque troublée des commencements de la féodalité, pendant les démêlés de Charles le Téméraire et de Louis XI et plus tard enfin pendant les guerres de religion, Artus fut le théâtre de luttes sanglantes. 

                En 1473 le château d’Audour fut incendié par les troupes de Louis XI, opérant dans notre charollais, sous les ordres du Duc de Comminges ; à cette époque bien certainement, les français guerroyaient contre les Bourguignons du Téméraire et durent faire quelques pointes sur Artus.

                C’est peu après en effet que Courtepée mentionne la ruine de la forteresse d’Artus, ruine ordonnée par Louis XI définitivement vainqueur de son puissant rival. D’autres auteurs soutiennent que la forteresse d’Artus ne fut complètement ruinée que durant les guerres de religions. Nous pensons que ces derniers auteurs sont dans le vrai. En effet, les archives du château du Terreau nous disent que le 10 avril 1491, Messire Hugues, Seigneur d’Espry et de Sully, Chambellan du Roi et Lieutenant Général de Mr le Marquis de Maréchal de Bourgogne, donna commission à Noble Pierre le Roux, Seigneur du Terreau, de visiter le château d’Artus et d’ y faire les réparations nécessaires. Cette visite fut faite le 18 avril 1491 et les réparations urgentes signalées par un acte notarié reçu Goneaud. Les pièces qui ont été retrouvées sont du plus grand intérêt pour l’histoire d’Artus. Ce qui est certain, c’est que le château-fort fut endommagé considérablement à l’époque de Louis XI et remis en état de défense quelques années plus tard. La ruine totale de la forteresse eut lieu durant les guerres de religion.

Que reste-t-il de ce Manoir Féodal ?

Un amas de ruines et un pan de mur. Ce pan de muraille appelé de tout temps :

‘’ La Corne d’Artus ‘’

                C’est une maçonnerie qui rappelle celle romaine. Les pierres sont enchevêtrées les unes dans les autres et reliées par un mortier dont nos architectes semblent avoir perdu le secret. La corne est sur le rocher et l’on peut dire d’elle : « moles erat stat ». Les intempéries des saisons, les injures du temps qui emportent tout, semblent n’avoir aucune prise sur ce débris qui compte dix siècles d’existence.

                Artus devait posséder une petite garnison et avait un gouverneur appelé prévost. Le puits appelé ‘’Puits du prévost ’’ existe encore. Artus était Châtellerie Royale et de cette chatellerie relevaient un grand nombre de châteaux, celui du Terreau, celui de Corcheval, celui de la Salle.

                Selon Courtepée, une bonne partie des matériaux d’Artus, furent employés aux reconstructions faites au château de Corcheval, par les de Fautrières, au début du XVII° siècle.