La Vouivre

P. 11 et 12

                La Vive était un serpent ailé d’une taille gigantesque et portant à sa bouche un diamant, d’un prix inestimable. Etre vu par la Vive avant qu’on  ait pu l’apercevoir, était un signe de mort prochaine. Aussi, quand on passait près d’Artus, on tremblait, on cherchait à voir la Vive, de crainte qu’elle ne nous voit la première.

                Le dragon ne sortait guère que la nuit, pour faire chaque nuit le même trajet. La Vive sortait de la caverne, volait sur la Corne et poussait un cri effrayant. Puis elle reprenait son vol et allait se baigner dans l’étang de Givry, au pied des ruines du château de la Salle. De là, l’oiseau serpent s’élançait vigoureusement, franchissait la montagne de Botey, et allait se poser sur les ruines de Suin.

                 Après un instant de repos, la Vive reprenait son vol et allait à Chaumont se poser sur la tour d’Amboise. Enfin, le fantastique animal, ami des ruines et rappelant ces hiboux, ces vautours, dont parle l’Ecriture, la Vive, regagnait sa solitaire demeure d’Artus.

                Quand la Vive s’abreuvait, elle déposait son diamant à deux pas de la fontaine. Ce diamant valait un royaume. Les joyaux de la Joconde n’étaient qu’un vil strass à côté de celui-ci. Un jour un serviteur du château de Corcheval qui avait suivi ses maitres sur vingt champs de batailles et n’avait jamais tremblé, conçut le projet de tuer la Vive et de s’emparer du trésor.

                Il hérissa un tonneau de pointes aigües et s’étant enfermé dans cette forteresse mobile qu’il fit transporter près de la fontaine où la Vive allait boire, il attendit l’heure habituelle de sa sortie. Deux meurtrières s’ouvraient dans les flans du tonneau et quatre mousquets chargés jusqu’à la gueule étaient sous la main du vieux soldat qui n’avait jamais tremblé. La Vive blessée à mort par les décharges successives devait venir expirer sur les pointes du tonneau….. Le diamant devenait sa propriété….

                Les minutes s’écoulaient, l’heure fatale approchait. Le vieux soldat épaulait son arme, son cœur battait, un tremblement agitait ses bras. Tout à coup, retentit un cri strident. La Vive sort de la caverne et se dirige vers la fontaine. Le mousquet tombe des mains du vieux serviteur et le vieux guerrier s’évanouit de terreur dans sa forteresse improvisée. Le lendemain, le soleil était déjà haut sur l’horizon, les autres serviteurs ne voyant pas redescendre leur camarade, montèrent et virent leur pauvre ami dans tous les spasmes d’une indicible terreur.

                Les vieux d’aujourd’hui ont encore vu la Vive, les jeunes ne l’ont jamais vue. Il y a

80 ans environ, au dire d’un vieillard qui l’a vue de ses yeux, la Vive avait des oreilles de chat, une tête aplatie et velue, le corps recouvert d’écailles brillantes comme des pièces de cinq francs, une queue longue d’environ trois pieds et remontante d’écailles. L’animal était au repos, il  ne put distinguer la forme et la couleur des ailes.

                Hélas ! Si la Vive n’a pas existé, si l’oiseau reptile est une vraie fable, d’autres reptiles habitent les ruines d’Artus. Les vipères y pullulent et sont vraiment reines de la forteresse de Charles-Quint.